Bénin: les infections palustres submicroscopiques responsables d'anémie maternelle et de naissances prématurées

2015-04-28 16:40:26

Les infections palustres submicroscopiques responsables d'anémie maternelle et de naissances prématurées

Une étude menée au Bénin, par des chercheurs de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et du Centre d'étude et de recherche sur le paludisme associé à la grossesse et à l'enfance (CERPAGE, Bénin), indique que les infections palustres submicroscopiques pendant la grossesse sont responsables d'anémie maternelle, de naissances prématurées et de faible poids de naissance des enfants.

C'est grâce à la biologie moléculaire ou Polymerase Chain Reaction (PCR), que les chercheurs  sont arrivés à détecter ces effets néfastes des  infections submicroscopiques palustres sur la santé de la mère et de l'enfant pendant la grossesse.

Ils ont comparé les techniques de diagnostic pratiquées actuellement dans les hôpitaux notamment  les examens microscopiques classiques basés sur la goutte épaisse et le test de diagnostic rapide (TDR) avec la technique de biologie moléculaire.

Le résultat  est que cette dernière méthode est beaucoup plus efficace pour diagnostiquer les infections palustres chez les femmes enceintes.

Selon les chercheurs, cette technique a  permis de détecter l'agent du paludisme chez 40 % des 1037 femmes enceintes suivies, pendant leur grossesse, entre mai 2008 et mai 2011,  au sud-ouest du Bénin (villages de Comé, Ouédeme-Pedah et Akodeha) contre 16 % pour la microscopie au moment de la première consultation prénatale.

Des analyses statistiques appropriées qu'ils ont effectués, il ressort donc que les infections submicroscopiques palustres, pendant la grossesse, entraînent une augmentation significative du risque de faible poids de naissance du nouveau-né et d'anémie de la mère lors de la première grossesse.

Philippe Deloron, chercheur à l'Ird et co-auteur de l'étude, indique à SciDev.Net que le nombre de femmes enceinte infectées est très supérieur à celui précédemment envisagé et que cette observation peut sans doute être étendue à d'autres groupes de populations, et en particulier les enfants.

Méthode moléculaire plus sensible

Le diagnostic du paludisme recommandé à l'heure actuelle ne permet de détecter qu'un tiers des infections. Il manque de sensibilité pour déceler les infections submicroscopiques.

Par contre, la méthode moléculaire est celle qui est capable de mettre en évidence les infections les plus importantes, celles à bas bruit c'est-à-dire celles qui passent souvent par la trappe.

« On se rend compte qu'avec les méthodes moléculaires, on arrive à détecter des infections beaucoup plus importantes qu'avec les outils classiques et que ces infections ont des conséquences importantes sur la santé de la mère et de l'enfant dont l'anémie maternelle, la survenue d'un faible poids de naissance qui représentent un facteur de risque de mortalité infantile, les accouchements prématurés », explique  Nicaise Tuikue Ndam, parasitologue à l'IRD et co-auteur de l'étude publiée, le mois dernier (18 février), dans la revue Clinical Infectious Diseases.

« La connaissance du nombre de sujets infectés est un élément majeur à prendre en compte pour développer et mettre en place des stratégies de lutte », affirme Philippe Deloron.

Selon Deloron, certains chercheurs envisagent actuellement de promouvoir l'IST (Intermittent Screening and Treatment) pour la prévention du paludisme chez la femme enceinte dans les zones de faible transmission. Il s'agit de pratiquer un test de diagnostic rapide (TDR) lors des consultations prénatales et de ne donner un traitement qu'aux seules femmes infectées (TDR positives).

Mais le chercheur souligne que leur « travail démontre clairement qu'une telle stratégie omettrait de traiter toutes les femmes présentant une parasitémie submicroscopique, soit environ la moitié de femmes infectées ».

Améliorer les stratégies de prévention

En 2013, le  paludisme a tué  plus de 580 000 personnes principalement en Afrique subsaharienne, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les infections palustres pendant la grossesse ont des conséquences particulièrement néfastes sur la santé de la mère et de l'enfant. Elles sont responsables de 35 % des accouchements prématurés avec faible poids de naissance et   causent 75 000 et 200 000 décès d'enfants par an.

C'est pourquoi l'OMS recommande d'augmenter le nombre de doses de traitement préventif intermittent reçues par les femmes pendant leur grossesse.

Selon Philippe Deloron, « les femmes enceintes sont actuellement mal protégées contre l'infection palustre et il faut améliorer les stratégies de prévention ».

Pour y arriver, Nicaise Tuikue Ndam pense qu'il faut mettre en place des mesures sur un diagnostic qui va faciliter la prise en charge de la maladie.

« Si le diagnostic est fait avec les méthodes usuelles, on va passer à côté de beaucoup de chose », affirme Tuikue Ndam.

Pour le chercheur, une prise en charge efficace du paludisme nécessite de développer des outils plus sensibles que ceux actuellement disponibles sur le terrain afin d'être capable d'appréhender les infections et de pouvoir les traiter.

 « Il y a urgence de développer des outils de diagnostic sensibles si on veut que les programmes de lutte aient un impact majeur. Si on veut aussi, plus tard, réduire considérablement les sources de transmission, il faudra considérer l'infection dans toutes ses dimensions : infections à forte densité et à faible densité. Il y a nécessité de développer des outils moléculaires et de les vulgariser », a déclaré Nicaise Tuikue Ndam.

« Maintenant, ce qu'il faut, c'est de développer des outils qui soient utilisables partout sur le terrain », a ajouté Gilles Cottrell, statisticien à l'IRD, auteur principal de l'étude.

Les chercheurs pensent que les décideurs ont un grand rôle à jouer pour permettre de développer des outils de diagnostic moléculaires plus efficaces et utilisables sur le terrain.

Ils appellent « tous les décideurs à donner un peu plus de soutien au développement des outils moléculaires capables d'être vulgarisés sur le terrain en vue d'améliorer ou d'augmenter le niveau de diagnostic de la maladie ».


Christophe Assogba




 


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