Cancer: briser le silence autour du mal

2014-02-03 16:01:35

Journée mondiale contre le cancer

Briser le silence autour du mal

Le cancer constitue un obstacle important au développement, il sape les avancées économiques et sociales dans le monde entier. D'ici 2030, les pays en voie de développement seront les plus touchés par les 21,4 millions de nouveaux cas de cancers estimés par an.

 

Le niveau de connaissance sur le cancer demeure faible au niveau individuel et en particulier chez les hommes. Les gens ne sont pas prêts à en parler à leurs amis et leurs familles. Dans la plupart des pays africains où le cancer demeure un sujet tabou, la stigmatisation et la discrimination amènent les personnes souffrant du cancer à refuser d'admettre le mal. Parler de la maladie est donc difficile pour beaucoup. La perception négative autour du cancer contribue à la peur et à la désinformation en raison de l'inexistence de toute discussion publique éclairée. Les cancéreux deviennent dès lors des invisibles. D'où l'importance d'une détection précoce et la nécessité de briser les barrières culturelles qui empêchent de parler du cancer. Selon l'Alliance des ligues francophones africaine et méditerranéenne contre le cancer, les cancers détectés à un stade précoce engendrent une mortalité plus faible et peuvent être plus facilement traités que les cancers détectés à un stade avancé. Malheureusement, la valeur d'un dépistage précoce et l'importance d'aller consulter dès l'apparition de signes ou de symptômes ne sont pas suffisamment comprises même parmi les professionnels de santé. Pour le cancer de l'utérus par exemple, des études ont montré que même un dépistage simple entre 30 et 40 ans peut réduire le risque de cancer du col de l'utérus de 25 à 36% sur toute la durée de vie d'une femme. Pour le cancer de sein, il existe un lien direct entre la taille médiane des tumeurs invasives et l'accès à des programmes de dépistage précoce et à des initiatives pédagogiques ou de sensibilisation. Parler du cancer remet en cause les croyances, les attitudes et les comportements négatifs qui perpétuent des mythes sur la maladie surtout que l'on ne connaît pas les premiers signes et symptômes de tous les cancers. Le manque d'information et de sensibilisation sur le cancer constitue un obstacle majeur à un contrôle et un traitement efficaces du cancer dans les pays en développement, en particulier à la détection des cancers à des stades plus précoces et plus faciles à traiter. Pour l'Oms, la sensibilisation est la première étape d'un dépistage précoce et de l'amélioration de l'issue des cancers.

Le cancer, une catastrophe économique

L'ampleur du risque que le cancer représente pour la croissance économique et le développement n'est toujours pas reconnue alors que ce risque peut être atténué de façon efficace. Le poids financier auquel les patients atteints de cancer ainsi que leurs soignants font face est conséquent, qu'il s'agisse des dépenses directes ou des pertes de revenus et d'avantages sociaux. Le coût du cancer devrait atteindre, selon les estimations, 458 milliards de dollars en 2030.

Plusieurs études montrent que le cancer peut être catastrophique du fait de l'appauvrissement des familles dû au coût élevé des médicaments et des traitements ainsi que des congés-maladie. Tous les Etats membres des nations unies se sont mis d'accord sur le fait que les maladies non transmissibles constituent un obstacle majeur au développement socio-économique, à la durabilité environnementale et à la réduction de la pauvreté. En effet, en 2013, l'Oms a adopté le plan d'action mondial 2013-2020 qui affirme que la prévention des maladies non transmissibles, y compris le cancer, est une condition préalable, une conséquence et un indicateur des trois dimensions du développement durable à savoir le développement économique, la viabilité environnementale et l'inclusion sociale. « Il est moins coûteux d'investir dans la prévention et le dépistage que d'en gérer les conséquences », affirme l'Alliance des ligues francophones africaine et méditerranéenne contre le cancer. Cette vision rejoint le cadre mondial de suivi des maladies non transmissibles de l'Oms qui recommande l'adoption de neuf objectifs mondiaux sur la base du volontariat pour la prévention et la lutte contre les maladies non transmissibles. Parmi ces objectifs, figurent la diminution de la consommation de l'alcool, l'activité sportive, la consommation de sel/sodium, la réduction de la consommation du tabac, la lutte contre l'obésité. Pour l'Oms, en effet, les facteurs de risque les plus courants associés au cancer sont le tabagisme et l'abus d'alcool, une mauvaise alimentation et un manque d'activité physique. Signalons à juste titre qu'à partir de 2030, le tabagisme fera plus de huit millions de morts par an dans le monde ; la plupart des pathologies associées à la consommation du tabac étant les cancers qui sont la plupart du temps détectés en phase terminale. L'impact du cancer s'étend bien au-delà de ses effets sur la santé physique d'un individu. Il influence le bien-être émotionnel, social, sexuel et économique de la personne atteinte du cancer et des soignants. La journée du 4 février devrait permettre de briser le voile de silence qui entoure le cancer par une large sensibilisation en vue de son appropriation par le public.

Charles Dossou LIGAN

           


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