« C’est une anomalie d’avoir autant de terres en Afrique et d’être la zone de famine ou d’insécurité alimentaire »

2012-12-05 22:28:06

COP18.CMP8 /Journée dédiée à l’agriculture et à l’approche intégrée à la fois des forêts

 

« C’est une anomalie d’avoir autant de terres en Afrique et d’être la zone de famine ou d’insécurité alimentaire »

 

« C’est une anomalie d’avoir autant de terres que le monde envie à l’Afrique et en même temps d’être la zone où il y a plus de famine ou plus d’insécurité alimentaire…  » Luc GNACADJA, Secrétaire Exécutif de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), dans cet entretien, appelle à la mobilisation interne des dirigeants africains pour inverser la tendance.

 

Quelle est la portée de la journée « Forest day6 », dédiée  ce jour à l’agriculture intégrée aux forêts dont vous êtes l’un des leaders ?

L’importance c’est d’attirer l’attention des Parties qui sont venus au Qatar dans le cadre de la négociation sur le climat de  réduire leur potentiel des émissions de gaz à effet de serre. Et le premier potentiel de réduction est dans le secteur de l’énergie, le second dans le secteur de l’agriculture. Maintenant, si on regarde la possibilité des pays en développement de réduire leurs émissions ; l’agenda des terres est le premier domaine d’action sur lequel il faut agir. En même temps quand on regarde  le lien entre les effets sur le climat et la pauvreté, la sécurité alimentaire, les conflits et les migrations ; c’est sur l’agenda des terres qu’il faut investir. Nous avons parlé suffisamment et pendant longtemps des sécheresses et de la désertification. Maintenant le temps est venu pour se pencher sur des objectifs quantitatifs de mise en œuvre. Combien de terres  sont à risque  de désertification a-t-on  maintenu en bon état de productivité, combien de terres dégradées a-t-on restauré ? C’est cela qui va amener les gouvernements à comprendre l’intérêt qu’ils ont à investir en cela. Et enfin, l’évidence d’un tel investissement peut être mieux  établir  à travers l’évaluation des coûts de l’action par rapport aux coûts de l’inaction. Combien coûte ici, au Togo, au Benin, à l’inde de continuer les coûts du processus en cours de dégradation ? Combien faut-il investir par hectare pour des terres qui ont des potentiels de restauration ? Combien faut-il pour préserver la dégradation sur des terres à risque de dégradation ? Quels sont les bénéfices pour l’économie ? Combien cela apporte en termes de croissance pour le PIB ?

 

Et si cette analyse que vous développez ici à Qatar n’adhère pas l’assentiment des pays à la négociation ?

Nous allons mettre à leur disposition des éléments d’évaluation pour qu’ils prennent des décisions. Vous savez, nous aussi nous devons faire notre auto critique à savoir que nous avions fait  un plaidoyer, qui a ciblé  des gens qui sont déjà convaincus ou des gens qui ont un cœur pour l’environnement ou l’écologie. Il ne s’agit pas que de l’environnement ou de l’écologie mais du développement de l’être humain. Il s’agit précisément de respecter les limites de la planète terre. La terre que nous avons pour produire l’alimentation, l’alimentation du bétail, elle est limitée parce qu’elle est aussi en cause en ce qui concerne les problèmes d’eau et autres surtout en milieu rural donc il est important que nous puissions équiper non seulement les ministres de l’environnement mais les ministres du plan, les ministres des finances  sur combien ça coûte à l’économie nationale de continuer la dégradation des terres  quand on produit des cotons et que les cotons dégradent les terres et que l’utilisation abusive des intrants agricoles fait partie du problème ? Est ce que c’est ça la bonne solution ? Quelle est l’alternative ? Combien ça coûterait de faire une alternative vers une autre qui sera meilleure ? Autre chose, dire aux gouvernants, vous avez eu de la croissance pendant la décennie écoulée, une croissance qui a fait 4 à 6% mais qui n’a pas réduire la pauvreté, une croissance qui n’a pas assuré la sécurité alimentaire, pourquoi ? Parce-que c’est une croissance qui n’a pas agi  sur la capitale des pauvres donc si on veut réduire la pauvreté il faut agir, investir avec et dans le capital des pauvres et en cela on aura une croissance inclusive qui va réduire la pauvreté sinon ça resterait une bombe politique, une bombe économique, une bombe sociale.

 

De façon précise, quel rôle doit jouer les politiques africains pour sauver les terres dégradées ?

L’Afrique est le continent à risque parce qu’elle a 60% des terres arables disponible dans le monde mais en même temps deux tiers de ces terres pourraient être complètement désertifiées dans les deux décennies devant nous si les tendances actuelles continuent.  A quoi ça sert d’avoir quelque chose que tout le monde recherche ?  Que faire la désertification ? Elle transforme les sols productifs en sols de  poussière qui deviennent des terres désertiques donc l’Afrique est en première ligne. Il s’agit de préserver son capital qui est très précieux ; l’Afrique entre maintenant et deux mil cinquante va accueillir la moitié des deux milliards additionnels d’homme qui aura sur la planète terre. Donc,  il va falloir les nourrir  y compris l’accès à l’eau et on aura réduire les conflits. C’est ça l’impératif !  Que les investissements positifs soient consentis par les gouvernements eux mêmes en priorité. Il ne faut pas attendre que le salut vienne de l’extérieur ! Il faut que le salut soit voulu de l’intérieur et les ressources additionnels peuvent venir de l’extérieur.

 

Ce n’est pas un leurre d’investir dans les terres ?

Si nous ne le faisons pas, chaque fois qu’il  aura eu des crises alimentaires, ces crises vont frapper les pays africains plus les autres. C’est une anomalie d’avoir autant de terres que le monde  envie à l’Afrique et en même temps d’être la zone où il y a de famine ou plus d’insécurité alimentaire. C’est une faillite des politiques publiques et il faut corriger cela.

 

Pourquoi un trophée pour la terre ?

Notre ambition c’est d’amener sous les projecteurs ceux  qui à leur niveau avec leurs ressources, peuvent agir de façon constante  pour prévenir la dégradation des terres et pour mieux utiliser leurs ressources naturelles y compris l’eau et les sols, les montrer en exemple pour que d’autres puissent les émuler.

 

Interview réalisée depuis le Qatar, Doha par Gabriel ADONOU (Togo) 

 


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