Riziculture à Karimama: une production tributaire des inondations

2015-04-28 17:56:00

Riziculture à Karimama

Une  production tributaire des inondations

Karimama, commune béninoise en bordure du fleuve Niger, réputée dans la production du riz, subit de récurrentes inondations qui menacent la sécurité alimentaire.

Daouda Amidou, agriculteur à Birni-Lafia, un village de la commune de Karimama située à près de sept cents kilomètres de Cotonou au nord du Bénin, s'adonne principalement à la culture du riz. Sur  une superficie de un hectare emblavée l'année dernière, Daouda a récolté plus de soixante-quinze sacs de cent kilogrammes de riz. Le jeune riziculteur attend une vente de  plus d'un million de francs CFA. L'année précédente, il a perdu presque toute sa récolte à cause des inondations.  

Daouda Amidou n'est qu'un cas parmi les nombreux producteurs de la commune de Karimama. Plus de la moitié des sept mille deux cents hectares de riz semé en 2013 a été emportée par la crue du fleuve Niger. « Cette situation  est devenue récurrente dans la commune. Sur les six dernières années, Karimama a connu trois grandes inondations », a affirmé  Bouraïma Hatti, secrétaire général de la mairie. Cette situation porte un grand coup à la production de cette céréale, devenue très importante dans l'alimentation de nombreuses personnes en Afrique et à travers le monde. Dans un article publié dans OXFAM-Magasins en 2011 (07 octobre), intitulé « Riz et changement climatique », Corentin Dayez disait que « Avec le changement climatique, la culture du riz connaît des bouleversements énormes qui pourraient à terme mettre en péril la sécurité alimentaire de nombreuses personnes ».

La production du riz à Karimama est soumise aux aléas du climat. Thomas Sogbedji, technicien spécialisé en aménagement et gestion des ressources naturelles au service communal pour le développement agricole de Karimama, a déclaré que : « Il n'y a pas un aménagement avec maitrise totale de l'eau. Quand il y a inondation presque toute la production rizicole est perdue ». Ceci décourage les producteurs qui abandonnent peu à peu la culture du riz. Après avoir perdu leur champ de demi hectare de riz dans les dernières inondations, les femmes du groupement « Bani-Koubaï » de Karimama centre ont renoncé à produire du riz pour cette campagne.

 A Karimama, comme dans la plupart des zones productrices, c'est le riz pluvial qui se cultive. Et même s'il a besoin de l'humidité pour un bon rendement, ce  riz ne peut résister sous les eaux pendant une longue période. « La plupart des variétés de riz ne peuvent rester plus d'une semaine sous l'eau ; les plus résistantes ne durent pas plus de trois semaines », explique Venuprasad Ramaiah,  chercheur au Centre du riz pour l'Afrique (AfricaRice). Or, en période d'inondations, les champs restent sous l'eau pendant plus d'un mois parfois. Ainsi, pour permettre aux riziculteurs de mener leurs activités sans trop craindre les inondations, il importe d'adopter de nouvelles stratégies. Mais pour le chercheur, « La seule approche valable est d'adopter des variétés modernes assez tolérantes. Dans ce sens, AfricaRice conserve les variétés de riz résistantes dans sa banque de gênes qu'il met à la disposition des petits exploitants en cas de besoin ».

Les inondations constituent une des plus grandes catastrophes dues au réchauffement de la terre, selon Euloge Ogouwalé, climatologue à l'Université d'Abomey-Calavi,  au Bénin. Elles deviennent de plus en plus fréquentes dans le nord Bénin et Karimama est l'une des communes les plus touchées par le phénomène. Face à l'ampleur des dégâts, des actions sont menées par divers acteurs pour aider les producteurs. Le Programme de développement agricole des communes (PDAC) du ministère de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche met des crédits en place pour accompagner la production du riz. En plus du financement de l'aménagement des bas-fonds, le projet d'appui à la diversification agricole (PADA) appuie les producteurs par la mise en place de semences certifiées et de moto pompes. Pour la seule année 2014, 520 moto pompes ont été offertes aux riziculteurs de Karimama, ceci en vue de promouvoir la culture de contre saison. D'autres partenaires comme l'Organisation des nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) accompagnent la production avec la mise à disposition d'intrants, l'aménagement des bas-fonds, tout ceci sous l'œil vigilant des techniciens du secteur communal pour le développement agricole (SCDA).

Même si toutes ces actions permettent de soulager un tant soit peu les producteurs, elles ne règlent pas entièrement le problème. A l'approche de la saison des pluies, les populations sont gagnées par cette crainte d'être à nouveau inondées. Une crainte exprimée aussi par Corentin Dayez du service politique de  OXFAM-Magasins : « Les inondations qui se feront plus fréquentes, vu la recrudescence des orages tropicaux,  gêneront la production du riz ».  Plusieurs centaines de personnes en souffrent car, ils sont très nombreux à tirer le principal de leur revenu de la production du riz. Plus de treize mille personnes ont la culture du riz comme principale activité dans la région de Karimama. En 2013, 7242 hectares ont été emblavés pour une production de 28523 tonnes. Malgré leur volonté et toute leur détermination, ces riziculteurs devront compter avec la quantité de l'eau qui arrose la commune.  

 

Karimama est une commune du Bénin frontalière avec le Niger. Plus de la moitié de son territoire (6102km2) est couvert par le parc national du W (selon le quatrième recensement général de la population et de l'habitat). Les populations, essentiellement agricoles, ne disposent donc pas suffisamment de terre pour leurs activités. Les trois cours d'eau qui arrosent la commune et les nombreux bas-fonds favorisent  le maraîchage mais surtout la culture du riz. Environ 25 % du riz produit à Karimama tout comme à Malanville sont vendus sur le marché nigérien. Une baisse de la production constitue donc une menace pour le revenu des producteurs, mais aussi pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle à l'intérieur comme à l'extérieur de la commune.

Nicolas Agbikodo

Article réalisé avec le soutien de IPDC/UNESCO


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