Agriculture: la recherche au profit de nouvelles méthodes agricoles

2012-06-14 00:27:39

 

 

Agriculture

La recherche au profit des nouvelles méthodes agricoles

 

Le Centre du riz pour l’Afrique (AfricaRice) expérimente les technologies agricoles basées sur l’utilisation des variétés du riz Nerica (nouveau riz pour l’Afrique) et les traitements associés pour offrir des opportunités aux producteurs.

 «  Bakary Togola du Mali, nous raconte Dr Inoussa Akintayo, chef du département du Programme de développement du secteur rizicole et coordonnateur de l’Initiative africaine sur le riz du centre AfricaRice, avait dû quitter l’école très tôt pour s’abonner à l’agriculture et soutenir sa famille. Il a commencé à produire du riz en 1984, 10 années avant que les premières variétés de Nerica (nouveau riz pour l’Afrique) n’aient été testées dans les rizières. Togola a été le prototype des 20 millions d’acteurs de la filière riz en Afrique de l’Ouest qui, pour planter, ne pouvaient choisir qu’entre quelques variétés….. En 2003, poursuit Dr Akintoya, Togola a eu la possibilité d’adopter le Nerica 4 sur une superficie de moins d’un hectare. En 2008, il a récolté plus de 4,7 tonnes par hectare et a vendu 300 tonnes de semences de Nerica 4 au Gouvernement malien pendant la crise rizicole. En 2011, il a planté 250 hectares de riz de plateau. Sa rizière est devenue si rentable qu’il a pu apporter une contribution financière en vue de l’amélioration d’une route de 15 kilomètres menant à son champ.  »  C’est une illustration du combat que mène les africains pour l’autosuffisance alimentaire. Un combat qui passe nécessairement par l’accès aux techniques agricoles modernes dont l’objectif est d’augmenter le rendement de la production agricole.  Les techniques agricoles offrent des possibilités aux producteurs.

Ainsi, les chercheurs du Centre du riz pour l’Afrique ( AfricaRice) ont selon Dr Inoussa Akintoya, chef du Programme de développement du secteur rizicole, réussi avec l’appui de leurs partenaires à mettre en œuvre une nouvelle technologie agricole visant à faire le croisement entre deux espèces de riz cultivés Oryza sativa ( riz asiatique) et Oryza glaberrima ( riz africain). C’est un véritable exploit et un défi scientifique parce que les deux espèces ont toujours évolué séparément pendant des millénaires et sont si différentes que beaucoup de tentatives précédentes n’ont pas abouti au développement de variétés fiables. La recherche est nécessaire si l’Afrique veut surmonter les difficultés de famine, de sécheresse et de sols inadaptés à la production agricole. Pour cela une gamme de technologies agricoles existe dans les laboratoires et qui n’attendent que d’être vulgariser. Les chercheurs du Centre ont cherché et arrivé à surmonter la stérilité des hybrides (le principal problème de croisement) des espèces en utilisant les techniques traditionnels et les techniques de biologie moléculaire. Cette méthode leur a permis également d’accélérer le processus de sélection de 5-7 ans à 2 ans au moins. 

Des technologies intéressantes à la portée de l’Afrique

Le travail de combinaison entre les technologies conventionnelles et les techniques de biologie moléculaire a également donné naissance au Nouveau riz pour l’Afrique (Nerica). Cette variété regroupe plusieurs centaines de lignées. Le Nerica présente aujourd’hui aux yeux des chercheurs plusieurs avantages par rapport aux variétés traditionnelles. Elles se sont révélées à haut rendement précoces (75 à 100 jours) et compétitives avec les autres variétés existantes. Elles sont également tolérantes à la sécheresse et à la plupart des principaux ravageurs et maladies de plantes en Afrique. Plusieurs pays africains sont en état de production de Nerica sur des superficies de plus de 10 000ha comme la Guinée, la Côte d’Ivoire et l’Ouganda. Les bas-fonds constituent des opportunités sûres d’expansion et d’intensification de la riziculture dans les pays africains et peuvent les aider à nourrir leurs populations en pleine croissance.

A ces techniques agricoles modernes s’ajoutent les autres qui ont déjà été expérimenté dans certains pays africains à savoir les méthodes de ZAI, de demi-lune, de jachère, de cordons pierreux, l’utilisation des engrais, du fumier organique …etc.

 Des traitements pour lutter contre les ravageurs 

A l’Institut International d’Agriculture Tropicale (Iita) basé dans le même centre que AfricaRice, dispose d’un laboratoire moderne et équipé capable de mener des recherches pour détecter quels types de traitement des sols et des semences pour avoir un bon rendement de production. L’une des missions de cet institut est d’accroitre la sécurité alimentaire, augmenter les revenus pour le bien-être des populations. Il dispose d’un centre de collecte d’insectes (plus de 300 000 spécimens) et 6 000 espèces identifiés. Ici, nous confie Dr Georg Goergen responsable de l’insectarium de l’Iita, «  c’est la plus grande collection des insectes de l’Afrique de l’Ouest. Ici, il y a des insectes de grandes importances économiques car ils contribuent énormément à la lutte contre les ennemis naturels c’est-à-dire les prédateurs agricoles  ». Une idée que le représentant de l’Iita, le docteur Manuele Tamo a démontrée au cours de son exposé. Selon ses explications « cochenille farineuse du manioc », a été utilisé par les chercheurs de son institut pour tuer les ravageurs dans les champs de manioc. La cochenille farineuse du manioc c'est un ravageur très redoutable du manioc, et son ennemi naturel c'est une petite guêpe parasite qu'on a introduit en Amérique du Sud pour la combattre. Les ennemis naturels sont des insectes bénéfiques qu'on utilise pour combattre les ravageurs (les ennemis des ravageurs).

 Cette technique a été une réussite et aujourd’hui beaucoup de producteurs en demandent dans leurs productions. La dernière découverte en date est celle de la « cochenille du papayer ». C’est une autre espèce de ravageur très dévastatrice et pour cela les chercheurs de l’Iita sont en train d'importer une autre petite guêpe parasite pour la contrôler. La guêpe parasite se propage toute seule et les producteurs n'ont pas besoin de s'en apprivoiser, donc ils n'ont pas besoin de la demander.

Manuele Tamo a également soutenu que «  certaines  pratiques agricoles peuvent poser de problème de santé à la population. Il s’agit de l’utilisation des pesticides qui constitue un danger pour les producteurs. Ces pesticides, s'ils ne sont pas utilisés correctement, peuvent causer des risques d'empoisonnement chez les producteurs et les consommateurs, et sont aussi une source de dégradation de l'environnement. Aussi, l'utilisation répétée des pesticides chimiques peut entrainer des résistances chez les insectes cible, avec les conséquences qu'il faut toujours plus d'insecticides pour les tuer. »

 D’autres traitements consistent à la production et à l’utilisation de l’huile de neem et des bio-pesticides pour tuer les insectes au stade juvénile. Les bio-pesticides sont des pesticides naturels, l'IITA a développé des bio-pesticides pour lutter contre la teigne du chou qui est un ravageur très redoutable.

Les bios pesticides et la teigne des choux sont aussi associés aux traitements de la production agricole. Il existe également des techniques qui consistent à enrober les graines de bio-pesticides avant de semer, ce qui empêche les insectes de ronger les graines.

Des méthodes existent, des techniques aussi et la volonté affichée des chercheurs reste la décision politique pour mettre les nouvelles technologies agricoles sur les rails. Mais l’Afrique arrivera-t-elle à relever ce défi pour conduire convenablement sa population vers l’autosuffisance alimentaire ? On se demande si les décideurs politiques africains pourront-ils vraiment mettre leur autorité à la hauteur des ambitions des populations ?     

 

LAZARE POUYA  à Cotonou 

 

(Stage SjCOOP II)

 

Publié le 13/6/2012

 


Leave a Comment


A lire aussi dans Actualite