Bénin : les fertilisants Ecosan améliorent la production maraîchère

2011-09-27 14:16:04

Basées sur le principe de Lavoisier, « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », les fertilisants organiques, fabriqués à partir des latrines Ecosan, améliorent, de plus en plus, la production maraîchère, au Bénin.

 

Jardin maraîcher de Gbérougbéra, sis derrière l’aérodrome de Parakou, ville située à environ quatre cent cinquante kilomètres au nord de Cotonou, la métropole économique du Bénin. Il s’en va sonner dix-huit heures, ce jeudi 14 octobre 2010. A l’horizon, le soleil forme un disque rougeâtre, au bord d’un ciel bleu clair qui tire parfois vers le blanc et le gris. Ses rayons, moins incisifs qu’à midi, annoncent la tombée de la nuit. Petit à petit, le disque se rétrécit. Il s’enfonce dans les nuages qui se désenchevêtrent et vont s’amonceler à l’ouest, après une longue traversée. C’est la dernière séance d’arrosage des plantes du jour pour Codjo Dossou. Ce jeune jardinier, la trentaine révolue, s’empresse de terminer son travail, avant que l’obscurité ne s’installe sur l’immense jardin d’environ deux hectares. Il prélève, dans un bidon de cinquante litres, un liquide jaunâtre auquel il ajoute de l’eau, avant de s’en servir pour arroser les planches de légumes (grande morelle), de feuilles de laitues, de carottes et d’oignons. Codjo confie que c’est de l’urine que contient ce bidon. « J’utilise toujours ce mélange pour l’arrosage de mes cultures », dit-il, le corps à moitié nu tout en sueur.

A quelques kilomètres de Gbérougbéra, le lendemain, sur le site de Benwarou, à la sortie de la ville en direction de Cotonou, c’est le même constat chez Assanatou Chabi. Cette maraîchère, la cinquantaine, qui vend ses produits composés de légumes et légumineuses — carotte, chou, concombre, courgette, feuille de laitue, oignon, crincrin, gombo, piment et tomate — au « marché dépôt » de Parakou, déclare avoir découvert cette recette, il y a trois ans, grâce au centre régional pour l’Eau potable et l’Assainissement à faible Coût (Crepa-Bénin). « Avant, j’utilise les engrais chimiques. Mais maintenant, je fertilise mes planches avec du compost et de l’urine », déclare Assanatou. Le même constat s’observe aussi à Tchatchou, un arrondissement de la commune de Tchaourou à environ 56 kilomètres au sud de Parakou. Sur ce site maraîcher, non loin de la gare ferroviaire, tous les producteurs utilisent les excrétas et l’urine pour leur production. Ces trois jardins ont constitué des sites expérimentaux pour le Crepa-Bénin, dès l’introduction de la technologie Ecosan, dans le nord du pays.

Avec Ecosan, rien ne se perd, tout se gagne

Face aux difficultés d’assainissement au Bénin, ce centre a mis en place différents types de latrines, dont Ecosan (assainissement écologique), pour protéger l’environnement et promouvoir le traitement et la réutilisation des déchets (excréta et urine) dans l’agriculture. « Ecosan est une des réponses que le réseau Crepa apporte à la gestion des déchets liquides produits au niveau des ménages », affirme Auguste Kessou, chef d’antenne à Crepa-Parakou. « Les latrines Ecosan constituent une opportunité pour l’assainissement de notre cadre de vie. La gestion des boues de vidange, des excrétas, des urines constitue un sérieux problème. Par le passé, ces produits sont rejetés dans la nature et polluent l’environnement. Avec Ecosan, ils sont désormais récupérés et valorisés », renchérit Martin Ahouandjinou, technicien d’hygiène et d’assainissement au service d’Hygiène de la Donga. « Les latrines Ecosan sont très bonnes pour l’assainissement écologique de notre milieu de vie », indique Afiz Toko Imorou, technicien supérieur en génie de l’environnement.

La récupération des matières fécales est simple, puisque la latrine Ecosan n’est souvent pas profonde comme les latrines traditionnelles. Elle est construite en matériaux définitifs. L’ouvrage permet de séparer les excrétas de l’urine. L’urine est conduite dans un bidon situé à l’extérieur de la cabine par une canalisation. La fosse, au bas du plancher, permet seulement de recueillir les matières fécales. « Ces latrines sont subdivisées en deux fosses. Il y a une fosse pour les matières fécales et une autre destinée à recevoir les urines », explique Afiz Toko Imorou. « L’urine n’est jamais mélangée aux excrétas qui font l’objet d’un traitement avant leur application dans l’agriculture. On ne mélange pas l’urine parce que les deux matières ne subissent pas le même traitement. Le mélange des deux ne permet pas une hygiénisation propice, avant leur utilisation dans les champs », ajoute Auguste Kessou. « Quand les matières fécales sont mélangées dans une même fosse, cela ne permet pas la décomposition rapide de la matière fécale. Ce qui fait qu’on a les odeurs qui se dégagent et les mouches et autres insectes qui pullulent dans les toilettes », précise Afiz Toko Imorou.

Si l’urine est stockée, pendant trente jours, les excrétas sont récupérés après assèchement, au bout de 8 à 12 mois, en fonction des zones au climat humide ou sec. Dans le Nord, c’est 8 mois contre 12, au Sud. L’accélération de l’assèchement des excrétas se fait, en ajoutant de la cendre, après chaque défécation. « La cendre assèche, aspire l’humidité contenue dans les matières fécales pour une meilleure utilisation du produit. Les matières fécales sont répugnantes. Leur assèchement permet d’enlever les odeurs, de ne plus attirer les mouches et les insectes », dit Auguste Kessou. « Après la défécation, l’individu doit verser de la cendre dans la fosse. Elle accélère l’assèchement des matières fécales », ajoute Martin Ahouandjinou. Les rayons solaires contribuent également à assécher les excrétas. « Derrière la latrine, il y a une plaque chauffante peinte en noir qui attire les rayons solaires », précise-t-il.

« Avec Ecosan, rien ne se perd, tout se gagne. On assèche la matière fécale qui est utilisée comme compost dans la production agricole. De même, les urines sont utilisées pour amender les sols », ajoute Afiz Toko Imorou. « Lorsqu’on récupère les excrétas, il est sous forme de fumier ou de sable. L’analyse de ce fuimer permet de constater qu’il ne comporte pas souvent de microbes. Mais pour des précautions, on demande que ces excrétas soient utilisés dans le compostage mixte. On prend d’autres éléments comme les déchets ordinaires qu’on mélange, et cela permet d’utiliser un compost complet sans microbe », indique Ahouandjinou.

L’amélioration de la production maraîchère 

Développées, d’abord, dans le Sud du pays où il y existe « moins de contraintes socioculturelles », selon Kessou, les latrines Ecosan sont aussi appropriées aux communautés musulmanes qui utilisent souvent l’eau, pendant leurs toilettes. Dans les localités du Nord, notamment Parakou, Djougou, Kandi et Malanville, où la communauté musulmane est plus nombreuse, l’ouvrage est muni d’un petit puisard, réalisé à l’intérieur de la cabine qui reçoit l’eau des toilettes par le biais d’une canalisation.

Codjo et Assanatou ne sont pas les seuls maraîchers qui utilisent la technologie Ecosan, à travers le pays. A Agla, un quartier du 13e arrondissement de Cotonou, des maraîchers sont aussi abonnées aux fertilisants organiques fabriqués à partir des latrines Ecosan. Ceux de Sèmè-Kopdji (commune à l’est de Cotonou) bénéficient des avantages de ces fertilisants Ecosan. Tout comme leurs compagnons de Parakou et de Tchatchou, ils se sont libérés des engrais chimiques grâce à Ecosan. Ils disposent à domicile de latrines Ecosan. S’ils utilisent les excrétas sous forme de compost, l’urine, à laquelle il ajoute de l’eau, sert à faire l’épandage des cultures et à pulvériser les plantes. « Ecosan, c’est une bonne marque qui a une double fonction d’assainissement et de fertilisant pour l’agriculture », déclare Adolphe Padonou, technicien de l’hydraulique et directeur d’entreprise à Sèmè-Kpodji.

Au Bénin, les produits maraîchers sont fortement utilisés dans l’alimentation avec les céréales. Les cultures maraîchères sont produites dans toutes les régions surtout au Sud. Ces dernières années, les bio-fertilisants Ecosan ont contribué à améliorer la production maraîchère saisonnière extensive en milieu rural et régulière dans les périmètres urbains et périurbains du Sud. Ils ont permis d’augmenter l’offre. Mais celle-ci demeure toujours au-dessous de la demande, malgré l’importation de légumes et de légumineuses du Togo, du Ghana, du Niger, du Nigeria et du Burkina Faso. Selon une étude récente du laboratoire d’Analyse régionale et d’Expertise sociale (LARES), « les volumes de pomme de terre, commercialisés sur le marché de Cotonou, représentent environ 10 fois la production locale. Aussi, la demande d'oignon sur le marché de Cotonou représente environ 120 % de l'offre nationale, tandis que pour la tomate, alors que la demande nationale annuelle est de 105 000 tonnes, l'offre est estimée à 84 000 tonnes ». Selon les statistiques disponibles au centre régional de Promotion agricole (Cerpa), le maraîchage produit en moyenne 6 523,95 tonnes de légumes, avec une variation de 2 592,28 tonnes par an.

La fertilisation du sol avec des engrais minéraux et organiques 

En outre, de nombreux maraîchers ont abandonné les engrais chimiques au profit de ces fertilisants. « Avec l’urine et les excrétas, je cultive de la canne à sucre. Au début des vacances, je cultive des tomates. L’utilisation des matières fécales est très économique. Je n’utilise plus de l’engrais chimique, car il est trop cher », confit Bienvenu Kpossou, maraîcher à Sèmè-Kpodji. «Je me sers de l’urine pour faire l’épandage de mes cultures et mes légumineuses et légumes sont appréciés par mes clients », renchérit Edgard Déguénon. « Je me sers du compost pour entretenir mon jardin », témoigne Urbain Padonou, chef du service de l’hygiène et de l’assainissement de base à la direction départementale de la Santé du Borgou et de l’Alibori, avant d’ajouter que « l’utilisation est contraignante ». L’usage de bio-fertilisants n’a pas encore fait disparaître l’utilisation des engrais chimiques — Decis, Cypercal, Endosulfan, Lindane, Endrine, Aldrine, etc. — dans le secteur. « Je ne vends plus les légumes cultivés avec des pesticides et engrais chimiques. Mes clients exigent des produits naturelles cultivés avec des fertilisants biologiques », confie madame Elisabeth Monteiro, vendeuse de légumineuses et de légumes au marché Fifadji de Cotonou.

« La fertilisation du sol avec des engrais minéraux et organiques pourrait tripler les rendements des cultures céréalières, en Afrique tropicale, et réaliser une révolution verte », explique Pedro A. Sánchez de l'institut de la Terre. Mais pour le moment, les engrais organiques d’origine Ecosan ne sont pas encore utilisés dans la production agricole à grande échelle pour augmenter la productivité de l’agriculture béninoise.

Christophe D. Assogba


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